La Claque livresque: « Décomposée »

Hello à tous ! Ça faisait une éternité que je n’avais pas lu de poésie et c’est le livre « Décomposée » de Clémentine Beauvais qui m’a intriguée par son titre. Et bien quelle Claque !

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Toi, le poète qui passe
avec ta muse sous le bras (…)
écoute ma musique,
tandis que je me décompose.

Ainsi commence un voyage unique en son genre. Prenant pour base la célèbre Charogne de Charles Baudelaire, Clémentine Beauvais nous fait imaginer la vie de cette dernière sous le nom de Grâce. D’abord couturière, Grâce deviendra avorteuse clandestine, puis « réparatrice »: elle soigne les femmes victimes de violences physiques et gynécologiques.

Au fil de ce roman en rimes, je me suis sentie emportée comme dans un torent, estomaquée par la puissance des mots. Que de thèmes abordés en si peu de pages ! La prostitution, l’avortement, les conditions d’hygiène déplorables. Mais aussi la prise de parole, le soin, le réconfort, l’écoute, la révolte. C’est cependant un autre thème particulièrement peu abordé qui m’a marquée dans ce livre: l’inceste dans la fratrie. C’est un véritable playdoyer contre la violence sous toutes ses formes envers les femmes.

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Nous faisons ensuite la connaissance Jeanne Duval, la muse de Charles Baudelaire, avec qui va se nouer un dialogue en miroir avec Grâce: la vivante et la morte, l’anonyme et la muse. Jeanne est au final très mystérieuse. Surnommée « La Vénus Noire », elle a été malmenée et érotisée par beaucoup d’hommes, notamment les biographes. Ici, Jeanne reprend sa dimension humaine dans une époque où elle n’a pas droit à la parole. Peu à peu, un lien intime se dessine entre les deux femmes sans s’être jamais parlé.

La forme de l’écriture est très intéressante à lire ! Les vers sont en décalage de rythme, et le ton change au fil de la décomposition de Grâce. Je pense que c’est un livre que je relirai, car je suis sûre d’avoir loupé d’autres subtilités.

Un livre à part, féministe violent et fascinant. Si vous aimez le gothique, les ruelles sombres et les envolées lyriques, c’est LE livre de votre automne

L’autre regard

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Si tu te heurtes aux murs de chair
Si tes mots sombrent avant de naître
Que ton sang agrippe tes os
Que ton œil perd sentier

Éveille en toi l’autre regard!

Celui qui transgresse le monde
Et distance le temps singulier

Dans le goulot des jours
Quand s’engouffre la pénombre
Ameute l’autre regard!

Sa lueur te cherchait.

Andrée Chédid

Marceline Desbordes-Valmore

En attendant mon gros chalenge littéraire de cet été, (Les Hauts de Hurle-Vent d’Emily Brontë), je m’octroie une petite pause poésie avec ce charmant recueil de Marceline Desbordes-Valmore !

poèmes

Née à Douai le 20 juin 1786 et morte à Paris en 1859, elle  était comédienne de théâtre, comme son mari Prosper Valmore qu’elle rencontra dans ce milieu. C’est à partir de 1819, qu’elle s’est mise à publier de la poésie. Baudelaire  et Verlaine, notamment, furent sensibles à son art. Et avec raison !

Sa poésie simple et pure rend hommage à l’enfance, la nature et les premiers émois amoureux. Une bonne dose de douceur estivale ! Très court et facile à lire, ce petit livre m’a donné une bouffée de fraîcheur après toutes ces lectures aux ambiances malsaines ! J’aime beaucoup cette édition poche jeunesse et l’expression pensive de cette grande dame ! On ne parle pas assez de la poésie féminine ! Je l’ai lu dans un parc, alongée dans l’herbe, pour une meilleure impression de son univers romantique… et bucolique ! Du coup, j’ai envie de me procurer sa biographie !

site à lire : Marceline Desbordes-Valmore

Bright Star de Jane Campion

 

 

19182433.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxxRésumé:

Londres, 1818. Un jeune poète anglais de 23 ans, John Keats, et sa voisine Fanny Brawne entament une liaison amoureuse secrète. Pourtant, les premiers contacts entre les deux jeunes gens sont assez froids. John trouve que Fanny est une jeune fille élégante mais trop effrontée, et elle-même n’est pas du tout impressionnée par la littérature. La maladie du jeune frère de John qui va les rapprocher, car Keats est touché par les efforts que déploie Fanny pour les aider. Ils partagent chaque jour davantage une obsédante passion romantique qui résiste aux obstacles de plus en plus nombreux. La maladie de Keats va pourtant tout remettre en cause.

Ben Wishaw dans le rôle du poète amoureux

mon avis:

Tout a commencé par un extrait dans un magnifique mashup vidéo consacré au films d’époque. J’avais été émerveillée par cette jeune femme couchée dans ces fleurs bleues… et par le poème « Bright Star », ici récité dans sa version originale. Et une fois de plus, c’est la chaîne Arté qui a répondu à mon attente ! 

Intensité, émotion et poésie *_*

J’ai enfin pu voir ce magnifique film, à tout point de vue: décors, costumes, interprétation…  Il s’en dégage une incroyable atmosphère, à la fois intimiste et lumineuse. Les paysages sont de véritables tableaux vivants, vibrants de couleurs presque irréelles! Ce champs de fleurs bleues est extraordinaire !

Et j’ai pu découvrir la très belle Abbie Cornish dans le rôle de Fanny, complètement bouleversée par ce premier amour, qui lui coupe le souffle. Quant à Ben Whishaw qui joue Keith, il est plein de fougue et de charme. Il n’y a aucune scène osée, cette passion amoureuse est dans le plus pur style romantique, c’est à dire pleine de grandes envolées lyriques, mais au destin tragique: la maladie de Keith l’invalide et l’oblige à voyager pour changer d’air, composer et se soigner. Ce que j’ai bien aimé, c’est la façon dont la poésie illustre leur amour, le renforce et sert de réconfort. C’est leur béquille à tous les deux. J’ai, de ce fait, beaucoup pensé à Heavenly forrest, où la photographie tient le même genre de rôle ! Une sorte de fil conducteur, de guide créatif,  qui, au final devient un magnifique témoignage de cet amour.  

Voilà. Vous l’aurez compris, j’ai plus qu’adoré ce film ! Du coup, j’ai envie de revoir la Leçon de piano, de la même réalisatrice !