Poésie du jour: La Bûche de Noël

Noël ! la bûche est allumée !
Et je suis seul, chez moi, la nuit.
Causons avec le feu, sans bruit,
Porte fermée.
Il peut trouver longs mes discours ;
Moi, j’estime les siens trop courts.
Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !
Ô bûche de Noël, es-tu
Le rameau d’un cèdre abattu
Dans l’Idumée ?
Mais non ; je sais bien qu’autrefois
Tu fus un chêne dans les bois.
Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !
Parle-moi de nos jours heureux :
Tu descends des coteaux ombreux,
Tout embaumée,
Apportant dans notre cité
Les parfums du dernier été.
Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !
As-tu vu des amants s’asseoir
En attendant l’heure du soir
Accoutumée ?
Chut ! on entend un bruit de pas…
Non : c’est un cerf qui fuit là-bas.
Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !
Viendrais-tu pas de la forêt
Où, sans se perdre, s’égarait
Ma bien-aimée ?
Les vieux chênes reverdiront,
La mousse au pied, la feuille au front.
Noël ! la bûche est allumée !

Noël ! la bûche est allumée !
Mais toi, tes destins vont finir :
Allez, bonheur et souvenir,
Cendre et fumée.
Adieu, ma bûche de Noël :
Tout rentre en terre ou monte au ciel.
Noël ! la bûche est consumée !

Gustave Nadaud

Poésie du jour

J’avais juste envie d’un peu d’air pur et de légèreté ! Voici un poème qui m’a beaucoup émue.

Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
II est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire,  « Les Fleurs du mal »

Poème de saison: L’Automne

 

Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil,
Embrase le coteau vermeil
Que la vigne pare et festonne.

Père, tu rempliras la tonne
Qui nous verse le doux sommeil ;
Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil.

Déjà la Nymphe qui s’étonne,
Blanche de la nuque à l’orteil,
Rit aux chants ivres de soleil
Que le gai vendangeur entonne.
Sois le bienvenu, rouge Automne.

 

Théodore de Banville (1823-1891)

 

Poésie du jour

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Déguisés en gens ordinaires
Des monstres vivent près de nous
Ni griffes, ni crocs, aucun repère
Pourtant ils sont présents, c’est tout.

Nous pourrions être sans défense
Face à ces brutes sans conscience
Mais ensemble on peut les faire fuir
Il suffit toi, moi, nous, de se soutenir.

Oui, ton corps est beau tel qu’il est
Et tes amours ne regardent que toi
Si vie et mort sont dans nos pensées
Pour les chanter la poésie est là.

Le monstre est fort, il faut le savoir
Il joue sur la peur, isole dans le noir
Mais ensemble on peut le faire fuir
Il suffit toi, moi, nous, de se soutenir.

Aux heures les plus sombres
Quand tu te sens découragée
Que tu pleures dans l’ombre
Que t’en as marre de lutter
Que t’es prête à rendre les armes

Derrière toi jette un coup d’œil
Et aussitôt sèche tes larmes
Car je suis là pour toi, et je veille.

Gayle Forman (Les coeurs fêlés)

Poésie du jour

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Les roses de Saadi

J’ai voulu ce matin te rapporter des roses ;
Mais j’en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les noeuds trop serrés n’ont pu les contenir.

Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées
Dans le vent, à la mer s’en sont toutes allées.
Elles ont suivi l’eau pour ne plus revenir ;

La vague en a paru rouge et comme enflammée.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée…
Respires-en sur moi l’odorant souvenir.

Marceline Desbordes-Valmore

le Samourai

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D’un doigt distrait frôlant la sonore bîva,
À travers les bambous tressés en fine latte,
Elle a vu, par la plage éblouissante et plate,
S’avancer le vainqueur que son amour rêva.

C’est lui. Sabres au flanc, l’éventail haut, il va.
La cordelière rouge et le gland écarlate
Coupent l’armure sombre, et, sur l’épaule, éclate
Le blason de Hizen ou de Tokungawa.

Ce beau guerrier vêtu de lames et de plaques,
Sous le bronze, la soie et les brillantes laques,
Semble un crustacé noir, gigantesque et vermeil.

Il l’a vue. Il sourit dans la barbe du masque,
Et son pas plus hâtif fait reluire au soleil
Les deux antennes d’or qui tremblent à son casque.

José-Maria de Heredia.

Poésie du jour

 

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Le possédé

Le soleil s’est couvert d’une crêpe. Comme lui,
Ô Lune de ma vie ! emmitoufle-toi d’ombre;
Dors ou fume à ton gré; sois muette, sois sombre,
Et plonge tout entière au gouffre de l’Ennui;

Je t’aime ainsi ! Pourtant, si tu veux aujourd’hui,
Comme un astre éclipsé qui sort de la pénombre,
Te pavaner aux lieux que la Folie encombre,
C’est bien ! Charmant poignard, jaillis de ton étui !

Allume ta prunelle à la flamme des lustres !
Allume le désir dans les regards des rustres !
Tout de toi m’est plaisir, morbide ou pétulant;

Sois ce que tu voudras, nuit noire, rouge aurore;
Il n’est pas une fibre en tout mon corps tremblant
Qui ne crie:Ô mon cher Belzébuth, je t’adore !

Charles Beaudelaire (1821-1867)

L’amour et le crâne

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L’amour est assis sur le crâne
De l’humanité,
Et sur ce trône le profane,
Au rire effronté,

Souffle gaiement des bulles rondes
Qui montent dans l’air,
Comme pour rejoindre les mondes
Au fond de l’éther.

Le globe lumineux et frêle
Prend un grand essor,
Crève et crache son âme grêle
Comme un songe d’or.

J’entends le crâne à chaque bulle
Prier et gémir:
-« Ce jeu féroce et ridicule,
Quand doit-il finir?

Car ce que ta bouche cruelle
Eparpille en l’air,
Monstre assassin, c’est ma cervelle,
Mon sang et ma chair ! »

Charles Beaudelaire (1821-1867)

Poésie du jour: Pleureuse

 

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Pleureuse, qui convoies obstinément ton mort 
Loin des rives de la lumière, 
Renonce à l’émouvoir au secret du suaire, 
Qu’une paix sans défaut le mène à l’autre bord. 

Laisse-le dériver aux brises inconnues, 
Ne l’importune pas de souvenir glacé, 
Laisse le bon sommeil détruire le passé 
Et le conduire au seuil de neuves avenues 

Que l’eau pure du temps, seule, le vivifie, 
Que pour lui se distille un nombreux devenir 
Puisque tes vaines mains ne surent retenir 
Celui qui s’évada, Pleureuse de ta vie. 

Louisa Paulin ( 1888- 1944) 

Oui, je sais ! Ce n’est pas une poésie des plus réjouissante ! Je l’ai découverte complètement par hasard dans la bibliothèque familiale et ce texte m’a juste « happée » ! J’ai pensé aux fameuses « pleureuses professionnelles » de l’ancien temps, mais aussi à ce sentiment qu’il faut laisser le mort demeurer dans un beau souvenir. Garder le meilleur et laisser « dériver » les mauvais au loin… Je voulais juste partager ce moment de mélancolie avec vous. Voilà.