« De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles »

C’est la grosse mode en ce moment: les auteurs rivalisent d’originalité pour trouver les titres les plus longs et improbables ! Mais je dois dire que celui-ci m’a vraiment plu !

Résumé:

C’est l’histoire improbable d’une famille joliment déglinguée dont Paul est le héro peu ordinaire. Paul qui, derrière ses allures de filles, aime exclusivement les femmes. Paul, qui a deux mères et n’a jamais connu son père. Paul, que le hasard va de sa naissance va mener sur la route d’un célèbre androgyne: David Bowie. Fantaisiste et généreux, De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles nous détourne avec grâce des chemins tout tracés et nous fait goûter aux charmes de l’incertitude.

Mon avis:

Après sa vision personnelle de la fin de vie de Van Gogh, c‘est avec curiosité que je découvre ce livre de Jean-Michel Guenassia. Et quel beau roman d’apprentissage !

Paul vit dans une famille homoparentale aussi paumée que déglinguée.

Ses deux mères: Léna, la tatoueuse fan de Harley et Stella, une ancienne hôtesse de l’air, qui tient un restaurant-bar.

Si ses mères sont rebelles à souhait (surtout Léna), Paul lui, parait tout sage à côté d’elles. Sa rébellion à lui est plus subtile. Androgyne, il refuse de « choisir son camp », et ne se reconnaît pas dans la masculinité de ses camarades. Et je ne parle même pas du fait qu’il ait deux mères, ce qui lui a valu quelques bagarres.

Quittant le collège, il aide Stella en devenant pianiste à son restaurant, tout en cumulant petites boulots… Son allure androgyne fascine et déroute. Résultat, son entourage ne peut pas s’empêcher de le mettre « dans une case ». Pour son camarade d’école Alex, c’est un homo refoulé. Pour Caroline, une psy, Paul est un transsexuel qui veut se faire opérer…

Mais Paul s’en fiche. Il est comme il est. Ça l’amuse de voir les autre se creuser les méninges pour le « normaliser » selon leur critères. Car Paul n’est pas trans mais androgyne. Il n’est pas homo mais hétéro. Il n’aime pas le hard rock mais la variété française, ce qui va beaucoup l’aider pour son boulot de pianiste.

Ce roman est à la fois rageur, tendre et d’une certaine mélancolie.

J’ai beaucoup aimé la façon dont Paul observe avant de réagir. Il y a ce manque de communication avec sa première mère Léna, qui prend une place importante. Léna est rebelle, colérique, écorchée vive. On a l’impression qu’elle en veut à la terre entière. Stella en revanche, parait beaucoup plus posée. Mais cet équilibre est encore précaire. J’ai beaucoup aimé Stella, qui a su donner un semblant de « normalité » dans le trio.

L’histoire m’a réservé une surprise de taille avec le célèbre David Bowie, qui a une place singulière dans la vie de nos héros cabossés. Pas étonnant qu’il en soit le titre ! Je n’en dirai pas plus !

Un roman qui fait réfléchir sur ce qu’est vraiment « la famille » et un coup de pied aux idéaux hétéro-normés ! À  découvrir !

Retour sur terre (Mélanie Rose)

Après la belle surprise qu’a été Coup de Foudre, j’étais curieuse de découvrir un autre roman de Mélanie Rose ! Mais là je suis plus mitigée !

Résumé:

Michaela Anderson, une jeune Anglaise de 25 ans travaillant dans une compagnie d’assurances, a accepté de participer avec quelques collègues à un baptême de saut en parachute.
Au moment de s’élancer dans le vide, la dernière, elle est emportée par une bourrasque qui l’éloigne des autres…
Quand elle retrouve la terre ferme, l’aérodrome est désert, sa voiture a disparu et il fait presque nuit. C’est alors qu’elle découvre avec stupeur sa photo sur des affichettes prétendant qu’elle a disparu… il y a six ans et demi !
Qu’a-t-il bien pu se passer ? Aurait-elle perdu la raison ? Serait-elle devenue amnésique ? A-t-elle été victime d’une faille spatiotemporelle ? Mais, surtout, qu’a-t-elle bien pu faire au cours de tout ce temps ?

Mon avis:

Qu’est-ce que je viens de lire, au juste ? Une romance à suspense ? Un polar ? Un fouillis surtout ! Je n’ai pas compris où Mélanie Rose voulait en venir ! En plus, la couverture suggère un roman léger, alors qu’il n’en est rien. Et cette mention « Les fans de Sophie Kinsella vont adorer… ». Heu…Comment dire ? Je suis très sceptique, là !

Une chose est sûre: cette histoire est bien plus sombre que je m’y attendais !

Michaela est une jeune femme ordinaire, avec son boulot, son mari. Un collègue qui l’attire un peu trop pour son bien… Elle travaille dans une compagnie d’assurance et décide de faire du sport extrême pour une vente de charité.

Si ce début m’a clairement fait penser à un pseudo-Marc Lévy, la suite s’avère bien plus tortueuse et sombre ! Mais pas dans le bon sens du terme !

C’est la Chute. Au sens propre comme au figuré. Si Michaela a pris le temps d’apprécier son saut, l’atterrissage va la plonger dans un abîme d’angoisse. Car il s’est passé six ans et demi en une nuit ! Pour elle, c’est juste impossible ! Elle n’est pas tombée dans le coma, ne se souvient de rien d’autres que ce dernier saut. 

Elle découvre un entourage bien different qu’à son départ. Un mari sur la défensive. Des collègues suspicieux. Seul son collègue, Matt, va l’aider à éclaircir son passé. Comme par hasard, il est le seul qui va la croire et à l’aider. Et comme par hasard, ils se font les yeux doux dès le premier chapitre. LA romance cousue de fil blanc, quoi !

L’écriture est sobre et les chapitres sont courts. Ce qui donne, au moins, un certain confort de lecture. C’est le seul point positif que j’ai trouvé à cette histoire !

Parce que les théories vont dans tous les sens. Comme je l’ai dit, c’est un fouillis ! Il y a de bonnes idées, mais l’autrice m’a tellement embrouillée, que ça m’a énervée, à force !

Et comme, en plus, l’histoire est à la première personne, nous somme aussi sonnés que notre pauvre Michaela, incapable de trouver des réponses claires.

Mais le pire, c’est la fin: tellement invraisemblable que je suis restée en mode WTF. C’est bien beau de vouloir se démarquer en mélangeant les genres mais là c’est juste trop. 

Un roman à grand potentiel, mais qui pour moi, a été un flop !

Maudit Karma (David Safier)

Hello à tous ! Après ma déception de Marguerite Duras, j’ai voulu me détendre avec une lecture plus légère ! Et pour ça, rien de mieux que David Safier !

Résumé:

Animatrice d’un célèbre talk-show, Kim Lange est au sommet de sa gloire quand elle est foudroyée par une météorite. Dans l’au-delà, elle apprend qu’elle a trop de mauvais Karma au cours de son existence. Non seulement, elle a négligé sa fille et trompé son mari, mais elle a rendu la vie impossible à son entourage. pour sa punition, Kim se réincarne en fourmi; De ses minuscules yeux d’insecte, elle voit une autre femme la remplacer auprès de sa famille. Elle doit au plus vite remonter l’échelle des réincarnation !

Mon avis:

David Safier a le chic de trouver des histoires totalement loufoques tout en me faisant passer du rire aux larmes !

Kim est une working girl chevronnée, un vrai dragon dans son métier. Dans le milieu impitoyable de la télé, elle a les dents longues et elle aime ça. Il n’y a qu’avec sa fille Lilly qu’elle redevient « humaine ». Mais son mariage bat de l’aile et elle se sent très attirée par un collègue, Daniel. Et arriva ce qui devait arriver !

Et comme elle n’arrive pas à choisir entre ces deux vies, le Karma va s’en charger pour elle: telle Georgia Mass (Dead Like Me), elle perd la vie lamentablement en recevant sur la tête…les toilettes d’une navette spatiale !

Rencontrant Bouddha en personne, elle découvre qu’elle a une chance de se racheter en se réincarnant. Mais pour gagner du bon Karma, il faut sortir de son égoïsme et faire de bonnes actions et ça Kim n’en n’est pas (encore) capable.

Le retour sur Terre est un double choc pour la jeune femme: non seulement, elle s’est réincarnée en fourmi mais elle découvre que sa meilleure amie Nina a profité de sa mort pour mettre le grappin sur sa famille ! Un affront qui la met dans une colère noire !

Ce livre est une pépite ! Les aventures « animales » de Kim sont hilarantes et en même temps tellement touchantes. Elle se fera de nouveaux amis au cours de ses réincarnations dont  LE maître de l’Amour ultime : Casanova !

Safier réussit à insérer des thèmes très sérieux derrière son humour barré : les problèmes de couple, l’alcoolisme, les rapports mère-filles, la jalousie, le besoin de reconnaissance… Si je la trouvais franchement prétentieuse au début, j’ai adoré l’évolution de Kim. Elle est tenace, courageuse et s’accroche mordicus à son amour pour sa fille pour s’améliorer ! Un peu comme Scott Lang dans Ant Man !

Sa rivale Nina est aussi attachante, au final. Amoureuse d’Alex depuis longtemps, elle est tout l’inverse de Kim et veut se rapprocher de Lilly, mais celle-ci la rejette. J’ai eu de la peine pour elle. Quant à Alex, le mari, je l’ai trouvé trop fade pour Kim ! J’ai en revanche adoré la petite Lilly, trop mignonne, qui aime sincèrement sa mère malgré ses erreurs.

Enfin, il y a l’amant,  Daniel (Cleaver?!), un séducteur invétéré qui semble pourtant aimer sincèrement Kim… C’est le personnage qui m’a le plus surprise ! S’il a ses défauts, je l’ai trouvé plus vif et séduisant quAlex! Mais bon, la vie de famille, très peu pour lui ! Dommage !

L’écriture est fluide, bourrée d’humour et de références. C’est un vrai plaisir de lire ce genre de bouquin ! L’histoire est à la fois improbable, drôle et ironique. Au final, Kim Lange est le pendant féminin de Scrooge de Dickens: au départ imbuvable, ses différentes réincarnations vont lui enseigner à être meilleure…dans un Paradis qui n’est non pas au Ciel mais sur Terre, près des siens.

Une bouffée d’air frais que je recommande ! D’ailleurs, il y a une suite « Toujours maudit ! » qui m’intéresse grandement !

« Voulez-vous partager ma maison? » de Janine Boissard

Après l’ambiance sombre et mélancolique de Comoran Strike, je m’octroie une pause champêtre avec ce livre, choisi sans même avoir lu le résumé. Une première !

Résumé:

Elle s’appelle Line, elle a la cinquantaine et elle vient de perdre son mari. Afin de pouvoir garder sa belle maison avec jardin, près d’Angers, elle a décidé de la partager avec trois locataires. Mais alors qu’elle visait une joyeuse et enrichissante cohabitation, c’est l’enfer qui va s’inviter avec la jeune Priscille – ange ou démon ? –, qui cache un redoutable secret de famille. Line en sortira-t-elle indemne ? 

Mon avis:

Ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivée: j’ai lu ce livre d’une traite ! Dès la première ligne, je suis tombée sous le charme de l’héroïne !

Line est une mère de famille « à l’ancienne »: sa famille, c’est toute sa vie !  Mais son manque de confiance l’a toujours fait s’effacer. Ses deux seules fiertés: sa fille Colomba et son marronnier, qu’elle appelle affectueusement Paul.

À la mort de son mari Augustin, elle se retrouve perdue. Terrifiée l’idée de quitter son cocon, elle accepte le pari audacieux de sa fille: transformer sa maison en chambre d’hôtes ! Mais c’est sans compter sur les critiques de son « amie d’enfance » Alma, qui n’a de cesse de la mettre dans ses petits souliers… 

Ce projet va donner à Line une nouvelle vigueur, une force qu’elle ne se connaissait pas ! Et ce grâce à ses nouveaux colocataires: Claudette Dupont et sa tortue de compagnie, Yuan Po Po, un chinois réflexologue et Priscille, une écrivaine pour enfants…

C’est cette dernière qui pose le plus de problèmes à Line.

En effet, derrière ses allures de jeune fille modèle, Priscille cache une personnalité des plus dérangeante ! Si au début, je la prenais pour une bobo pourrie gâtée, son évolution m’a au final autant surprise que touchée ! Priscille n’est en fait qu’une enfant perdue… Je n’en dirai pas plus !

Heureusement, les autres locataires ne sont pas aussi torturés: j’ai beaucoup aimé Claudette, l’amie des animaux, pleine de peps et de surprises ! Enthousiaste, elle apporte bonne humeur et des situations, assez cocasses !

Yuan est la touche zen et stable de notre équipe: réflexologue, il va littéralement remettre Line « sur pieds » et ce, dans tous les sens du terme ! Leur histoire d’amour est aussi tendre que subtile. Je les ai trouvé très beaux tous les deux !

L’amitié est aussi un des sujets forts du livre. Et je dois dire que j’ai eu envie de baffer Alma durant une bonne partie de l’histoire ! Cependant, son évolution est assez bien trouvée ! Mais ça ne m’a pas empêchée de la détester du début à la fin !

L’écriture est très agréable, pétillante sans tomber dans le trémolo. Il y a de jolies références musicales, du classique à la variété française. J’ai été aussi très intéressée par la réflexologie, une médecine alternative peu citée dans un roman !

Enfin, la maison est la pièce maîtresse de ce livre. J’ai adoré la façon dont elle reprenait vie grâce à ses nouveaux occupants ! J’ai particulièrement aimé Paul, le marronnier-confident de Line, qui veille stoïquement sur ce petit monde ! Les plantes ont en effet une présence particulière, comme un baume sur le coeur des résidents.

Un livre frais et bucolique, moins léger qu’il n’y paraît. Parfait pour les vacances !

 

La Carrière du Mal (Robert Galbraith)

Enfin ! Après une panne de lecture de plusieurs semaines, j’ai fini par m’y remettre ! Et enfin, j’ai pu me replonger dans l’univers sombre et mélancolique de Comoran Strike !

Résumé:

En arrivant au bureau un matin, Robin – la jeune assistante du détective privé Cormoran Strike – trouve un colis qui lui est personnellement adressé. À l’intérieur : la jambe tranchée d’une femme. Pour Cormoran Strike, seuls quatre individus sont capables d’une telle atrocité. Quatre noms tout droit sortis de son propre passé. Persuadés que la police fait fausse route, Strike et Robin se lancent dans une enquête périlleuse, traquant un tueur psychopathe et fétichiste aux motivations insoupçonnables…

Mon avis:

Si j’ai eu du mal à rentrer dans cette nouvelle intrigue, je me suis vite prise au jeu ! En grande partie pour la relation Comoran/Robin, qui décidément, me plaît de plus en plus !

Suite à leur dernière enquête, notre détective bougon a du boulot par dessus la tête ! Mais  là, ça se corse ! Car cette fois-ci, c’est un tueur particulièrement vicieux et sociopathe qui s’est mis à l’oeuvre !

En effet, le tueur connaît le passé de Strike et s’en sert sans vergogne pour le battre sur son propre terrain ! Pire, il se sert de Robin pour l’atteindre !

On est clairement plus dans un thriller qu’un policier: ambiance tendue, oppressante et héros au bord de la crise de nerfs, des policiers en pleine déroute et un tueur machiavélique !

Notre détective a trois suspects potentiels: Noel Brockbank, un pédophile que Strike a échoué à faire condamner dans le passé, Donald Laing, un homme violent qui n’a pu être condamné pour ses mauvais traitements familiaux et enfin...Jeff Whittaker, le propre beau-père de Strike !

L’ambiance est encore plus pesante que dans les deux autres enquêtes ! En grande partie parce que la relation Comoran/Robin  monte aussi en tension ! Sa secrétaire en danger, notre détective est loin de son calme habituel !

Quant à Robin, entre Strike qui la surprotège et son fiancé jaloux, la jeune femme est en mode « cocotte-minute » ! J’adore le contraste entre sa force de caractère et son allure de jeune fille sage ! L’enquête révèle une facette plus sombre de son passé, lui donnant plus de force encore. Sa soif de justice et de reconnaissance n’en est que plus admirable !

J’ai été aussi très intéressée  par la « rivalité » entre Strike et Matthew ! Si je ne porte pas ce dernier dans mon coeur, je peux comprendre son animosité envers un homme admiré par sa future femme ! Matt est un homme à l’opposé de Strike, racé, arrogant, mais sa carapace va finir par révéler un homme lâche  qui se retrouve démuni face à sa femme en pleine crise de nerfs! 

Le tueur m’a juste retourné l’estomac! Qu’il existe sur Terre des personnes ayant une mentalité aussi perverse, aussi imbues d’elles-même, aussi cruelle envers les femmes me donne la chair de poule…

Car c’est la condition des femmes qui prédomine cette histoire; mère trop soumise, jeunes filles agressées et violées, et surtout la force de sortir du silence et de continuer à vivre malgré tout.

Et enfin, il y a l’amitié entre Strike et Robin, qui défie le temps et les rumeurs à leur sujet. Et ça c’est vraiment ce qui me charme le plus ! Oui, l‘Amitié homme-femme, ça existe, Il est grand temps de le montrer ! Leur relation presque fraternelle me touche beaucoup !

Petit bémol cependant: l’écriture très alambiquée et pesante, m’a donnée du fil à retordre ! Heureusement, l’histoire est racontée en alternant le point de du vue de nos héros…et celui du tueur ! Ce qui a contribué à lui donner plus de rythme au récit !

Lecture laborieuse mais tout de même intéressante !

Défi Femme du monde: La perle et la coquille (Nadia Hashimi)

Aujourd’hui, place à un livre fort et féministe, dont les éloges ne sont pas usurpées ! J’ai toujours aimé les histoires fortes, et celle-ce ne déroge pas à la règle, loin de là !

Résumé:

Kaboul, 2007 : les Talibans font la loi dans les rues. Avec un père toxicomane et sans frère, Rahima et ses soeurs ne peuvent quitter la maison. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui permettra à la jeune Rahima de se travestir jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se marier. Elle jouit alors d’une liberté qui va la transformer à jamais, comme le fit, un siècle plus tôt, son ancêtre Shekiba. Les destinées de ces deux femmes se font écho, et permettent une exploration captivante de la condition féminine en Afghanistan.

Mon avis:

Quel roman ! Ça me chamboule de voir à quel point, quel que soit le pays ou l’époque, les femmes doivent continuellement se battre pour (sur)vivre ! 

Dans ce livre, nous suivons le parcours de deux femmes d’une même famille à 100 ans d’intervalle. L’une est Rahima, une jeune fille qui vit dans la peur d’être harcelée  par les garçons de rue. Elle et ses soeurs ne peuvent plus aller à l’école. Son père a des problèmes de « comportement » à cause de médicaments. Et semble déprimer de ne pas avoir eu de fils… Aussi, avec la complicité de sa tante et ses soeur, elle décide de se travestir en garçon, le temps qu’elle soit en âge de se marier. Une expérience qui va la changer radicalement ! Cette coutume Afghane est aussi au coeur du film Parvana, que j’ai de plus en plus envie de découvrir !

J‘ai beaucoup aimé cette famille ! Les codes entre femmes et la complicité/jalousie qui en découle. Leur relation est subtile et pas évidente ! Chaque soeur a sa particularité, et son charme. La tante est de loin la plus maternelle, tandis que la mère vit dans  une angoisse quasi permanente. 

En parallèle, nous faisons la connaissance de Shekiba, défigurée par une brûlure qui a détruit ses nerfs sur la moitié de son visage. Pour elle, le voile est une bénédiction. Mais sa famille meurt. Ce qui m’a choquée, c’est qu’au lieu de compatir à sa douleur, son entourage la raille, l’insulte. Pour eux, elle est la « maudite », le « fantôme aux deux visages », « celle qui aurait dû mourir »… Elle, qui a du enterrer son père et ses frères ! Et comme Rahima, elle prendra un temps l’apparence d’un garçon, ce qui lui permet d’effectuer les travaux les plus durs, en plus du ménage ! La force de cette femme m’a juste impressionnée !

Toutes les deux sont fières et fortes, déterminées à prendre leur destin en main.

Au fil de ces deux histoires, à la fois semblables et différentes, se tisse une réflexion triste et forte. Et surtout, une question m’a taraudée toute ma lecture : Pourquoi, une femme devrait gommer sa féminité pour être « l’égale de l’homme »?

Et les hommes tiens, parlons-en ! Il vivent dans une espèce de « course » à qui fera le plus de fils possible pour perpétuer le nom familial. S’il n’y a pas de garçon, c’est un drame, un déshonneur ! Il faut des hommes, quitte à avoir plusieurs femmes pour y arriver ! C’est une pression considérable ! 

Par ce fait, eux aussi, dans une certaine mesure, sont des victimes… En revanche, faire du mal à une femme, même par frustration, est intolérable ! Et le pire, c’est que cette violence ne passe pas forcément par des coups…

Cette partie de roman m’a particulièrement remuée, car c’est une chose qui me dépasse tellement ! Et en même temps, j’essaie de comprendre, de ne pas (trop) juger. Mais c’est d’autant plus difficile que ce n’est pas ma culture. 

Enfin, il y a la guerre, qui prend une place conséquente ! Entre les rivalités entre « clans » et les Américains qui débarquent comme un cheveu sur la soupe, l’ambiance est carrément électrique ! Je m’interroge parfois sur ce fait: Et si moi, j’avais connu la guerre, comment aurais-je réagi ? En guerrière ou en mouton ? 

Je suis heureuse d’avoir lu ce livre aujourd’hui, et non plus jeune, car je n’aurais pas saisi toutes les subtilités et les enjeux de cette histoire aussi poignante que pleine d’espoir.

Un livre fort, brut, qui m’a fait beaucoup réfléchir !