Vous verrez le ciel ouvert (Gilbert Cesbron)

J’ai découvert cet auteur chez ma grand-mère. Gilbert Cesbron, né le à Paris et mort le à Paris, est un écrivain français d’inspiration catholique. 

Il est surtout connu pour son roman « Chiens perdus sans colliers », qui a été adapté au cinéma avec Jean Gabin. Mais c’est d’un autre livre dont je vais vous parler.

« Vous verrez le Ciel ouvert » est un livre à la fois tragique et lumineux, entre Emile Zola et et Victor Hugo ! Sauf que la religion est le pilier central de cette histoire.

Tout commence avec Michel Legrand, un militant chrétien, qui décide d’aller à Lourdes. Là, il y découvre la souffrance, la foi, la montagne et une foule grouillante. Ainsi qu’une certaine paix à l’idée d’aider les miséreux. Il s’y dévoue corps et âme, comme un infirmier bénévole. Il s’y sent utile et à sa place.

Mais quant il trouve un nouvel emploi au village de Ramèges, ce n’est plus la même chanson :

Dans la montagne, on construit un barrage. La vie est dure, tragique, meurtrière, mais la paie est bonne. Dans le village qui doit être submergé, on boit, on dépense son « fric », et pourtant il y a des misères, des injustices. Entre les coups bas entre collègues, les « accidents » de chantier et les beuveries du soir… Michel assiste à tout cela, dans un mélange de tristesse et d’amertume. 

Le prêtre contre le maire. Les villageois contre les commerçants… L’argent dangereusement gagné dans une montagne défigurée par le béton et les mineurs. Et au milieu de tout ça des enfants paumés: Tit-Oeil et Claire, qui tentent de se tricoter un semblant d’enfance. Et surtout, Odette, la fille du « bistro ». Une jeune fille envieuse, révoltée par le manque réaction du Seigneur pour sa mère malade et (contre) son père violent. Elle ne supporte plus ni son entourage ni son milieu. Seule sa mère compte à ses yeux.

Gilbert Cesbron aborde avec un réalisme touchant l’époque des prêtres ouvriers des années 40-50.

Ainsi qu’une famille éclatée où la fille invoque la Vierge pour guérir sa mère de la maladie qui la cloue au lit. Mais il faut se méfier des Miracles Ils ne sont pas toujours là où l’on pense…

Quelle tragédienne que cette Odette ! À partir d’un mensonge, elle va s’enfoncer dans un tourment digne d’un Hamlet au féminin ! Manipulant ses deux jeunes camarades, elle donne « vie » à la Sainte Vierge, assemble méthodiquement sa brillante machination, sans ce douter du remous, que cela va causer chez les adultes. Et tout le village !

Ainsi le prêtre la croit (alors qu’il la déteste d’ordinaire). Ou plutôt il veut la croire, car cette « manifestation divine » est une occasion trop belle pour ramener des fidèles. Il y a aussi Michel qui connaît bien les enfants,  mais qui croira surtout Claire, la simple, la pure, la (trop) gentille. Sans se douter qu’elle est le jouet d‘Odette.

Louis, (Tit-Oeil) est terrifié par cette jeune fille cruelle et amère. Il lui obéit comme à un chef de gang. Quant à Claire, elle est furieuse que sa rivale ait vu la Sainte et non Elle, l’angélique, la petite fille modèle ! Car c’est elle la vraie pieuse du groupe ! Pour les deux autres ce n’est qu’un jeu pour duper les adultes ! 

Et la Machination enfle, attire les journalistes, les curieux et les politiques. Chacun y met son grain de sel, des inspecteurs aux psychologues. Certains sont sceptiques, d’autres, y voient une distraction comme un encart de journal… ou une nouvelle star ! 

Le dénouement est juste…grandiose dans sa justice. La Pieuse finit par voir la Lumière, tandis que la Menteuse finit dans la Nuit, prisonnière des démons qu’elle a elle-même provoqué. Son père Alcitre, est tout aussi détestable et opportuniste, se servant sans vergogne de sa fille pour lustrer son commerce. 

Je ne saurais décrire mes impressions sur ce livre. La foi de l’écrivain transcende les pages, ça se sent tout de suite qu’il est croyant. Et en même temps, c’est un portrait au vitriol des jalousies mal placées, de l’égoïsme à son apogée. L’écriture est très belle, tantôt lyrique, tantôt tranchante !

La Misère. la Douleur, la Foi comme refuge. le Mensonge, le « Progrès » qui dépouille la nature. Mais aussi la Révolte et la Résignation. La Colère et la Lassitude. Il y a tant de thèmes universels abordés, que je sens d’emblée que ce livre fera partie de ceux que je relirai. 

Un livre singulier, Triste et fort. Et un auteur encore trop peu cité. 

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L’Évangile selon Pilate (Éric-Emmanuel Schmitt)

Je continue ma découverte d’Eric-Emmanuel Schmitt avec cette lecture passionnante !

Résumé:

Première partie : Dans le Jardin des oliviers, un homme attend que les soldats viennent l’arrêter pour le conduire au supplice. Quelle puissance surnaturelle a fait de lui, fils de menuisier, un agitateur, un faiseur de miracles prêchant l’amour et le pardon ?
Deuxième partie : Trois jours plus tard, au matin de la Pâque, Pilate dirige la plus extravagante des enquêtes policières. Un cadavre a disparu et est réapparu vivant ! Y a-t-il un mystère Jésus ou simplement une affaire Jésus ? A mesure que Sherlock Pilate avance dans son enquête, le doute s’insinue dans son esprit. Et avec le doute, l’idée de foi.

Mon avis:

Le procès du Christ en roman, voilà une idée originale ! De sa belle écriture fluide et précise, Monsieur Schmitt nous fait (re)découvrir l’histoire de Jésus à travers deux hommes:

Yéchoua est le fils d’un charpentier, Yosef. Enfant aussi curieux que rêveur, il se met le rabbin sur le dos car non seulement il ose contester la Loi, mais il devient le confesseur des villageois en détresse, volant son rôle.

Loin d’être un « Prophète », Yéchoua (qui deviendra Jésus) est avant tout un homme révolté par la violence de son époque et ses loi absurdes; un peuple dominé plus par la Peur que l’Amour de son prochain. Un éclairage intéressant sur Jésus, en tant qu’homme, qui ici, est une personne rebelle qui refuse le statut-quo, l’hypocrisie et toute forme de violence. J’ai beaucoup aimé cette réécriture plus moderne, qui mets en avant un peuple manipulé par son gouvernement et salue le courage d’un homme qui ose faire changer les mentalités.

Pilate est lui aussi un personnage des plus singuliers:

Bien présent dans les Évangiles, Ponce Pilate est un Préfet Romain connu pour avoir ordonné la crucifixion de Jésus par le vote du peuple. C‘est un homme d’une certaine rudesse, droit et impatient de retourner à Rome, loin du bouillonnant Jérusalem.

Sa femme, Claudia est à la fois son épouse et son conseiller. J’ai beaucoup aimé leur relation, respectueuse mais cachée dans son « égalité ». Un homme qui demande conseil à sa femme est très mal vu ! C’est l’une des belles surprises de ce livre: Les femmes sont fortes et pleine de sagesse.  Mais là, Pilate est face au tour le plus bluffant (et dangereux) qui soit !  Et c’est lui qui endosse le rôle d’un Sherlock Holmes antique, imaginant tous les coups tordus possibles !

Judas était-il vraiment le traître de l’histoire ? Comment un corps torturé, crucifié, peut-il disparaître et revenir bien entier et vivant ? Qui était vraiment Jésus ? Un rêveur ? Un illuminé ? Ou le plus habile mystificateur de tous les temps ? J’ai juste adoré cette tournure « enquête policière », qui donne un coup de fouet après les délires « bibliques » de la première partie du roman !

À travers ce mystère, le scepticisme de notre Sherlock Pilate devient progressivement de la Foi, non pas en un Dieu cruel mais en un Homme qui a souffert pour ouvrir les yeux d’un peuple et l’inciter à rejeter un système qui l’emprisonne. Ainsi qu’un bel exemple de l’arme la plus pacifique, ancienne et efficace qui soit: la Rumeur !

C’est un livre qui interroge sur la personne « historique » de Jésus et du fondement même d’une religion. J’ai terminé ma lecture avec une autre vision du Christ, non en tant que Fils de Dieu mais en tant qu’homme révolté, moins lisse que ce que j’en ai appris au catéchisme !

Un livre passionnant, plus philosophique et politique que religieux, qui pose bien des questions. À découvrir !

Note: Sur le même thème mais dans un tout autre registre, j’ai prévu de lire « Jésus m’aime » du tordant David Safier !

Phaenomen (Erik L’Homme)

Ça faisait un moment que je voulais parler d‘Erik L’Homme. Je l’ai découvert grâce à une conversation avec un ami lycéen qui m’a vraiment intriguée. Alors que ses camarades ne juraient que par Harry Potter, Percy Jackson ou Katniss Everdeen, mon ami ne parlait que d’une autre saga: Phaenomen. Si la première édition n’attirait pas vraiment l’oeil avec sa couverture immonde, la version intégrale, parue récemment chez Folio SF, est bien plus jolie et mystérieuse !

 

Résumé:

« Fous? Idiots? Bons à rien? Aux yeux du personnel de la Clinique du Lac, Violaine, Claire, Nicolas et Arthur sont un peu tout ça à la fois. Pas vraiment des héros. Et pourtant…

Quand le seul médecin qui se soucie de leur sort disparaît, enlevé par de mystérieux agents, ses jeunes protégés n’hésitent pas : ils se lancent sur ses traces. Sans se douter qu’ils sont aussi sur la piste d’un des plus grands secrets du XXe siècle. Leur vie ne sera plus jamais la même.

L’histoire de l’humanité non plus. Une course poursuite haletante, où quatre adolescents vont puiser dans leur handicap la source de pouvoirs surnaturels. »

Mon avis:

Nettement moins connue que sa saga A comme Association ou encore Le livre des Étoiles, la trilogie Phaenomen mérite vraiment d’être (re)découverte ! Mais de quoi ça parle?

Nous suivons les aventures de quatre adolescents « à problèmes ». Il faut en effet les mettre ce mots entre guillemets, car ils ont la particularité d’avoir certains pouvoirs. 

Tout d’abord Arthur, qui a la faculté de se souvenir de tout. Ce qui sera très utile lors de leur aventure. Mais ce don est à double tranchant : son pouvoir le rend très nerveux et irritable. Noyé par ses souvenirs, Il peut faire des crises de panique. Pour se calmer, il dessine les trois « singes de la sagesse » sur tout ce qu’il peut trouver.

Nicolas est un peu comme Cyclope dans les X-Men: son pouvoir est la vision thermique. Hyper-sensibles, ses yeux ont donc constamment des lunettes de soleil. Mais ça ne l’empêche pas d’être drôle Il essaie sans cesse de dénouer les situations délicates. C’est l’optimiste de la bande !

Claire est sans contexte la plus mystérieuse: pâle, presque fantomatique, elle a des difficultés à se déplacer. Ses parents l’ont internée car elle se proclame l’enfant d’une fée ! Et au fil des événements, on se rend compte que c’est effectivement le cas ! Mais on est loin de la Fée de conte avec baguette magique… Elle serait plus proche de Vif-Argentqui se déplace plus vite que la lumière en cas de danger ! Elle se sent hors du Temps et du Monde, comme un animal qui ne sait pas s’adapter à son environnement. 

Enfin, je termine avec Violaine ma préférée: la meneuse du groupe. Son don est de pouvoir voir et contrôler l’âme des gens, représentée sous forme de dragon, alors que sa propre âme est représentée par un chevalier. Un don original et particulièrement puissant. Elle peut voir si l’âme d’une personne est bonne ou mauvaise, en fonction que leur « dragon » soit blanc ou noir. Sauf qu’elle va rencontrer un homme qui va la chambouler.  Clarence est un agent secret particulier qui a échangé son âme: il n’a donc PAS de dragon, ce qui trouble beaucoup la jeune fille ! 

Phaenomen est une histoire unique qui mixe les genres de façon brillante ! Il peut être lu comme un policier ésotérique teinté de fantastique ; l’intrigue est un vrai jeu de piste avec une confrérie malveillante qui traque nos anti-héros. Il y a aussi un complot historique assez improbable mais qui a le mérite de soulever de grandes questions: Que savons-nous de notre Histoire, et comment les images nous manipulent? 

J’ai été bluffée par le culot de l’auteur, car il a osé remettre en question un événement reconnu de tous. Et y repenser est extrêmement troublant !

Il y a aussi les « handicaps » et autres « différences » qui sont ici représentés par les enfants. Des cas, des « phénomènes » reclus dans une clinique en dehors de la société. Une façon judicieuse de dénoncer le comportement odieux, lâches ou juste effrayés de certains parents qui ne comprennent pas (ou ne veulent pas comprendre) leur enfant. J’ai aimé le fait que les handicaps soient en réalité des pouvoirs ! Un joli pied de nez aux apparences !

La grande qualité du livre est la façon dont nos 4 amis veillent les uns sur les autres. Suite à la mystérieuse disparition de leur médecin à la Clinique du Lac (en Suisse !!!) où ils sont internés, notre petite bande faire faire un long périple qui les fera voyager autour du monde. Malgré leurs différents, ils formeront une petite famille qui finira même par trouver un nouveau refuge…sous Paris !

Leur voyage leur mènera à une stupéfiante découverte qui risque de faire voler en éclat notre propre histoire et leurs ennemis sont prêts à tout pour les éliminer!

Moi, à la fin du troisième tome

La fin m’a juste scotchée ! J’étais à la fois triste effarée, et même en colère ! Car cette fin est digne d’un thriller pour adulte où on se demande juste: Mais Pourquoi?!!! Mais d’une certaine manière, c’était plus réaliste ! Nos jeunes héros sont trop différents et cette fin montre bien l’Aveuglement et l’Hypocrisie des adultes mais aussi du gouvernement.

En tout cas, c’est une trilogie encore trop méconnue ! Si vous aimez les mystères, l’action, l’amitié et les histoires originales, foncez !

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Le ranz des vaches: l’autre « hymne » suisse

Et voici un article totalement… bucolique et helvétique  ! En effet, j’ai appris récemment un chant traditionnel… en patois suisse ! Cet article est donc sponsorisé par Ricola, Heidi, les vaches, le vin et Marie-Thérèse Porchet !

Le Ranz des vaches ou Lyoba  est un chant traditionnel a cappella des armaillis en Suisse. Il est connu dans la partie francophone, surtout dans le canton de Fribourg.

Il est chanté durant la montée des troupeaux à l’alpage et le retour dans les étables à la fin de l’été. Je vous propose la splendide version de Bastian Baker. (qui est bien mignon, je trouve !)

Traduction:

Les armaillis des Colombettes
De bon matin se sont levâ.
Les armaillis des Colombettes
De bon matin se sont levâ.
Venez y toutes, aux pâturages,
Blanches et noires, rouges et brunes,
Jeunes et vieilles, toutes les autres,
Venez y toutes, pour l’alpage.

Les armaillis des Colombettes
Devant matin se sont levâ.
Les armaillis des Colombettes
Devant matin se sont levâ.
Les sonnaillères vont les premières,
Toutes les noires vont les dernières.
Lyôba, lyôba, por aryâ*
Lyôba, lyôba, por aryâ
Lyôba, lyôba, por aryâ
Lyôba, lyôba, por aryâ

Les armaillis des Colombettes
De grand matin se sont levâ.
Les armaillis des Colombettes
De grand matin se sont levâ.
Lyôba, lyôba, por aryâ

*appel des vaches pour traire

AnecdoteCe chant a eu un tel impact sur les mercenaires suisses dans des armées étrangères européennes qu’il fut interdit. En effet, soit ils pleuraient, soit ils désertaient en entendant ce chant qui leur rappelait trop leur patrie ! 

Anecdote (Bis): Marie-Thérèse Porchet, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est elle ! Sexy non? Et déjà 20 ans de carrière !

de la Suisse, naturellement !

Voilà ! Ça change du rock et ça nous apprend des chose sur notre Histoire ! Qui plus, est, il faut un sacré souffle pour chanter ça ! Si j’ai intégré la mélodie, j’ai encore du mal à tenir les notes ! 

L’allée du Roi (Françoise Chandernagor)

Aujourd’hui, place à une histoire authentique, et une femme fascinante !

Résumé:

« Je ne mets point de borne à mes désirs », disait celle qui fut presque reine de France… De sa naissance dans une prison de Niort à sa mort dans le doux asile de Saint-Cyr, de l’obscure pauvreté de son enfance antillaise à la magnificence de la Cour, de la couche d’un poète infirme et libertin à celle du Roi-Soleil, de la compagnie joyeuse de Ninon de Lenclos et de ses amants au parti pris de dévotion de l’âge mûr, quel roman que cette vie ! A partir d’une documentation considérable puisée aux sources les plus sûres et en recourant aux écrits, souvent inédits, de la Marquise de Maintenon, Françoise Chandernagor a su restituer, à travers des « mémoires apocryphes » qui ont le tour et la séduction de la langue du XVIIè siècle, le vrai visage d’une femme méconnue, témoin sans pareil d’une fascinante époque.

Mon avis:

Fascinante, c’est le mot ! Quelle envoûtante immersion dans la tête d’une femme peu commune ! Et quelle vie trépidante !

Cette biographie romancée raconte la vie de Madame de Maintenon, née Françoise d’Aubigné,  fille de Constant d’Aubigné — lui-même fils du célèbre poète et ami d’Henri IV, Agrippa d’Aubigné et de sa seconde épouse Jeanne de Cardilhac. Elle naît le 27 novembre 1635 rue du Pont dans la prison royale de Niort dans la geôle où son père est incarcéré pour dettes.

Celui-ci, après avoir abjuré sa foi protestante en 1618, assassiné sa première épouse et son amant en 1619, puis rapidement dépensé la dot de la deuxième, est soupçonné d’intelligence avec les Anglais avec qui il est en relation d’affaires et enfermé à la prison de Bordeaux puis de Niort.

Lorsque son père sort de la prison de Niort, la jeune Françoise passe les premiers mois de sa petite enfance chez Madame de Villette, sa tante huguenote, au château de Mursay, au nord de Niort. Elle passe les six années suivantes avec ses parents à la Martinique, dont elle garde un souvenir très fort, transmis à ses futurs époux, le poète burlesque Paul Scarron puis le roi de France Louis XIV, qui décide dès 1674 d’intensifier la culture de la canne à sucre en Martinique puis à Saint-Domingue.

Après une vie de pauvreté et la mort brutale de ses parents, son père d’abord; puis sa mère, elle rentre en France où, prise en charge par sa tante de Niort, Madame de Villette, fervente protestante.

Cependant, Madame de Neuillant, sa marraine catholique, obtient de la reine-mère Anne d’Autriche une lettre de cachet pour récupérer Françoise et lui permettre de pratiquer le catholicisme (en effet à sa naissance Madame d’Aubigné l’avait fait baptiser dans la religion catholique) et renier sa foi calviniste. Elle la place contre sa volonté au couvent des Ursulines de Niort, puis chez les Ursulines de la rue SaintJacques à Paris où, grâce à la douceur et l’affection d’une religieuse, sœur Céleste, la jeune fille renonce définitivement au calvinisme, condition indispensable pour pouvoir accompagner Madame de Neuillant dans les salons parisiens.

C’est à l’une de ces réunions mondaines qu’elle rencontre le chevalier de Méré qui se prend d’affection pour celle qu’il nomme « la belle Indienne » et s’offre de l’instruire convenablement.

Il fut son premier admirateur alors que la jeune fille n’avait que 15 ans ! Un an plus tard elle épouse un poète infirme: Paul Scarron.

Après la mort de son mari, Françoise devient la maîtresse de Louis de Mornay, marquis de Villarceaux, pendant trois ans, avant de mettre un terme à sa relation avec lui de façon brutale pour préserver sa réputation. Il restera de cette liaison une peinture réalisée par Mornay lui-même, et la représentant en déesse grecque, le sein nu, le regard fixé sur l’horizon, indifférente à son amant, représenté sous les traits de l’Amour tenant sa flèche. Cette toile est conservée dans la salle à manger du château de Villarceaux, dans le Val-d’Oise.

Elle se forge dès lors une image de femme pieuse et dévote, comme en atteste sa correspondance avec labbé Gobelin, son confesseur depuis 1666

Puis, de Paris, la jeune femme se retrouvera à Versailles où elle deviendra l’une des favorites du Roi Soleil, rien que ça ! Elle s’occupera aussi de l’éducation des « bâtards royaux » dans une demeure à l’écart !

J’ai été emportée par son histoire, d’autant plus passionnante que Françoise est une femme de caractère, dont la foi et le courage n’a d’égale que la beauté. De l’enfant vive et rebelle, elle deviendra une femme posée mais qui sait manier les mots autant que ses charmes !

L’écriture, précieuse à souhait, nous plonge dans une époque troublée dans ses extrêmes, de la pauvreté des paysans au faste des bals de Versailles. La religion a aussi un grand rôle politique pour le Roi, qui l’utilise dans sa prise de pouvoir sur le peuple.

Mais pour Françoise, c’est un code d’honneur et de respect, qui l’amènera à créer le couvent de Saint-Cyr, où elle recueillera et éduquera les jeunes filles. J’ai aimé sa force, qui l’incite à toujours penser aux plus faibles, mais aussi à s’adapter à son entourage et prendre sur elle. Ce côté empathique et ce « feu sous la glace » m’a beaucoup rappelé Jane Eyre, surtout dans sa relation complexe avec Louis XIV !

Nous découvrons en effet, un Roi très instable et coureur de jupons, dont les réactions démesurées m’ont déroutée plus d’une fois ! Sans parler des autres favorites de la Cour !

Une vie palpitante qui a fait l’objet d’un joli téléfilm, passé il y a quelques années sur France 2 ! J’avais adoré Dominique Blanc, absolument parfaite dans le rôle de cette femme, à la fois forte, sensuelle et mélancolique !

Une belle lecture, passionnante et finement écrite, que je recommande autant aux fans d’histoire que de glamour à la française !

 

 

 

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Antoine et Cléopâtre (William Shakespeare)

Antoine et Cléopâtre … Encore une pièce méconnue du maitre William Shakespeare. C’est suite à un épisode de Miss Fisher enquête, qui y fait référence, que j’ai fini par tenter l’expérience.

 

Après la mort de Jules César, Marc-Antoine hérite d’un tiers du monde romain, dont l’Égypte. Las de la guerre, il tombe sous le charme de Cléopâtre. Cette dernière voue une passion peu commune au soldat romain, elle l’idolâtre, le met sur un piédestal.

Une passion réciproque qui se heurte aux conflits politiques et unions diplomatiques. Mais, plus que la guerre et ses enjeux, c’est vraiment cet amour exclusif, excessif, et brûlant qui ne trouve son apothéose que dans la Mort.

J’ai été frappée par le lyrisme, l’expansion du langage. C’est de loin la pièce la plus…érotique que j’ai pu lire de Shakespeare. Pas de place pour le tiède, la retenue ou la diplomatie. Tout est exagéré, parfois jusqu’au ridicule. La passion, la colère, le désespoir… En guerre comme en amour.

C’est particulièrement flagrant chez Cléopâtre, Reine sur le déclin, qui se consume pour Antoine, son soldat, son dieu Mars. J’ai tout de suite pensé à Richard Burton et Elizabeth Taylor dans le film de1963. Ils ont vraiment bien retranscrit cette relation scandaleuse et passionnée.

Il n’y a au final pas tant d’action dans la pièce. C’est surtout une réflexion sur les ravages des sentiment exclusifs et de ce déchirement entre amour et devoir. Mais aussi, entre l’image publique et les sentiments intimes.

Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai aimé mais j’ai été très intéressée par cette pièce, peu mise en avant par rapport à Roméo et Juliette, Hamlet ou Macbeth. Ce qui est dommage !

Pour le coup, j’ai très envie de revoir le film !

Ondine (Jean Giraudoux)

Vous le savez, j’aime les pièces de théâtre, que ce soit Andromaque, Ruy Blas, ou encore Cyrano de Bergerac ! Après la jolie découverte de La tempête de Shakespeare, j’ai voulu découvrir d’autres pièces avec des créatures fantastiques ou mythologique. Et j’ai ainsi découvert « Ondine »de Jean Giraudoux

Résumé:

« Ondine, fille des eaux, confiante dans la puissance de l’amour qu’elle éprouve pour le chevalier Hans von Wittenstein zu Wittenstein, accepte le pacte du Roi des Ondins : elle partira et vivra son amour humain, mais, si Hans la trahit, il mourra et Ondine retournera au Lac, perdant jusqu’au souvenir de son existence terrestre. »

Mon avis:

Ayant grandi avec la version animé de la Petite Sirène, j’étais vraiment curieuse de lire cette pièce ! J’ai beaucoup aimé cet hommage au contes germaniques et le cadre médiéval ! Car oui, l’histoires se situe au Moyen-Âge !

Un soir d’orage, Auguste et Eugénie, un modeste couple de pêcheurs trouvent un bébé au bord du lac, qu’ils baptisent Ondine. Ce qu’ils ignorent, c’est qu’elle est réellement une ondine, qui est en fait une nymphe d’eaux douces.

La pièce débute alors quOndine est âgée de 15 ans. Elle rend ses parents complètement chèvres en libérant les poissons dont ils se nourrissent, en ayant des propos étranges sur la mort et en disparaissant quand bon lui semble.

Mais l’arrivée d’un chevalier, Hans va tout compliquer encore. En tombant amoureuse du chevalier, Ondine fait un pacte avec le peuple Ondin: elle peut vivre un amour humain. Mais si Hans la trompe, il mourra. Et elle l’oubliera…avant de retourner à son peuple.

Au fil de la pièce, elle se rendra compte que Hans n’a malheureusement rien d’un prince romantique, ce qui ne l’empêchera pas de l’idolâtrer pour autant !

C’est un soldat, qui aime sa liberté, la bonne chère et les femmes. Il tombera sous le charme rayonnant d’Ondine bien qu’il soit déjà fiancé à une autre : Bertha, une jeune noble aussi brune que la jeune fille est blonde. 

Ce n’est que le jour où Hans conduit à la cour sa jeune épouse, que le chevalier se réveillera de sa torpeur, sans savoir son Destin déjà scellé.

Car le Roi des Ondins finira par venir lui-même sur Terre (sous une autre forme) pour faire voir à Ondine le vrai visage de Hans. Mais la jeune nymphe, bornée, n’a pas dit son dernier mot et tentera jusqu’au bout de retenir son amant, jusqu’à la sentence finale: la Mort pour le chevalier, l’Oubli de sa vie terrestre pour elle.

L’intrigue est étonnante, pleine de manipulation (côté humains et ondins), et surtout d’Amour : idéalisé et absolu pour Ondine, passionné et jaloux pour Bertha, inconstant pour Hans, faible pour Auguste et Eugénie, qui retrouveront de façon inattendue leur vraie fille disparue…

Une pièce étonnante et décalée, qui change des tragédies habituelles et que j’ai trouvé vraiment originale ! Elle a aussi été adapté par le talentueux Benjamin Lacombe ! Pour le coup, j’ai bien envie d’avoir l’album !