Du domaine des murmures (Carole Martinez)

Je continue ma découverte des moeurs médiévales avec cette surprenante lecture ! Encore merci à Girl Kissed By Fire pour cette découverte !

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Résumé:

« En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire «oui» : elle veut faire respecter son vœu de s’offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe… Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l’entraînera jusqu’en Terre sainte… »

Mon avis:

Un livre aussi déroutant qu’envoûtant sur le refus d’une vie toute tracée d’une jeune fille hors du commun.

Esclarmonde est une jeune fille pleine de grâce, qui fait la fierté de son père et dont le mariage semble inévitable. Mais sous ses airs discrets, la jouvencelle se refuse à sceller un mariage de convenance. Et pas seulement parce que son promis n’est qu’un goujat coureur de jupons. Elle refuse d’avoir le même destin morne que les autres femmes du royaume.

Aussi, c’est la douche froide lors des noces: non seulement, elle refuse la main de son promis devant l’Église et son père, mais elle fait le voeu de n’être qu’à Dieu et de se faire emmurer vivante ! D’abord sous le choc, son père fini par accéder à sa requête. Non par respect, mais par haine pour celle qui a renié son sang et son rang. Comment ose-t-elle un tel outrage alors qu’il lui a plus donné que beaucoup de pères à ses filles !

Du fond de sa « tombe nuptiale », elle se donne à la prière sans se douter du remue-ménage dans le monde extérieur…mais aussi en elle. Car c’est de là qu’elle va devenir le symbole du royaume, la Sainte Emmurée qui écoute les lamentations de son peuple et le guide vers la paix du Christ

Et ce peuple change: son soupirant, jadis brutal, devient doux comme un agneau; les récoltes n’ont jamais été meilleures; la Mort elle-même semble avoir déserté le domaine.

Dans une France médiévale pleine de superstitions et de guerre sainte, Esclarmonde devient une Légende. Elle mettra même au monde un enfant: un petit ange aux mains percées comme Jésus ! 

Mais le Destin est retors et chacun portera sa Croix. J’ai adoré l’univers du livre, qui m’a beaucoup rappelé l’Enchanteur de Barjavel. Il y flotte le même parfum de Quête spirituelle et d’amour interdit.

Un livre fascinant, entre superstitions et foi, entre amour humain et amour divin. Si vous aimez les chevaliers, les monastères et les fables féodales, je vous conseille ce livre !

La couleur pourpre (Alice Walker)

Aujourd’hui, petite chronique pour un grand roman qui, bien avant La couleur des sentiments et les Suprêmes, a dénoncé la condition féminine et raciale sous forme épistolaire. Ce livre a également été adapté au cinéma par Steven Spielberg, en 1985.

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Résumé:

« Depuis leur séparation, depuis des années, Nettie et Celie, deux jeunes Noires, soeurs tendrement unies, n’ont cessé de s’écrire. Mais aucune missive, jamais, n’est parvenue ni à l’une ni à l’autre.
C’est que Celie, restée là-bas, près de Memphis, subit la loi d’un mari cruel qui déchire toutes les lettres venues d’Afrique – où Nettie est missionnaire. Alors Celie, la femme-enfant, écrira via le bon dieu, qui, lui, sait tout… Pourquoi, entre elles, cette correspondance déchirante et sans fin, obstinée, presque immatérielle? »

Mon avis:

Une belle claque dans la figure ! Celie est une jeune femme noire des années 1930, pauvre et sans éducation, vivant en Géorgie. Elle est enlevée à l’âge de 14 ans par un homme qu’elle appelle Pa et qui la mettra enceinte deux fois. Ses enfants disparaissent tous les deux. Celie pense qu’ils ont certainement été tués par leur père, jusqu’au jour où elle rencontre, en ville, une petite fille qui lui ressemble fortement.

Celie est mariée contre sa volonté à monsieur Johnson. Ce dernier avait d’abord demandé au père de Celie la permission d’épouser sa jeune sœur, Nettie. Peu de temps après avoir emménagé dans sa nouvelle demeure, Nettie la rejoint, essayant ainsi d’échapper, elle aussi, aux mauvaises conditions de vie domestique. Après une tentative de séduction de monsieur Johnson envers Nettie, il la chasse, et sur les conseils de Celie, Nettie se rend chez le pasteur local et promet d’écrire à Celie. Mais le temps passe et Celie ne reçoit aucun courrier : elle en conclut que Nettie est morte.

Pour tenir le coup, Celie écrit son journal sous forme de lettres qu’elle adresse à Dieu. Elle fera la connaissance d’une chanteuse du nom de Shug Avery. Bien que maîtresse de son mari, c’est avec elle que la jeune femme va éprouver ses premiers émois amoureux et s’éveillera enfin à la sexualité, jusqu’ici subie. 

Un de ses fils, Harpo, tombe amoureux de Sofia, une femme rondelette et au physique aussi imposant que sa personnalité. Et bien qu’Harpo et son père tentent de la soumettre à leur autorité, Sofia ne se laisse pas faire. Celie encourage d’abord ce comportement d’intimidation envers Sofia; en tant qu’inférieure à un homme, c’est la seule manière de vivre qu’elle ait jamais connue, mais lorsqu’elle est confrontée à Sofia, elle réalise son erreur.

Celie est à la fois fascinée et intimidée par l’esprit fort de la jeune femme, ainsi que par les défis lancés à l’égard de l’autorité de son mari. Un étrange trio amoureux est mis en place, fait d’admiration pour l’une et de frustration pour l’autre, qui, pour la première fois de sa vie, est remis à sa place par « le sexe faible ».

De son côté, Nettie part en Afrique,avec un couple de missionnaires, Samuel et Corrine, ainsi que leurs enfants adoptés, Olivia et Adam. Elle apprendra qu’ils sont étroitement liés à Celie…

Entre règlements de comptes, amours interdites, lutte pour l’indépendance et racisme teinté de sexisme, La couleur pourpre offre deux beaux portraits de femmes, fortes et tenaces. L’écriture est âpre, dure et m’a fait frissonner. J’en suis ressortie avec un sentiment d’accablement: il y a encore tellement à faire !

Une histoire poignante et féministe à découvrir !

Le Choeur des femmes

J’ai découvert ce livre grâce à Mymy, chroniqueuse Madmoizelle. Je n’ai jamais été à l’aise avec ma relation à mon corps et la médecine en général. Aussi, ce livre m’a paru intéressant car il sortait de ma zone de confort.

Résumé:

« Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de «Médecine de La Femme», dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit? Qu’il va m’enseigner mon métier? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre. »

Mon avis:

Une chose est sûre, je n’aurais jamais pris ce livre en lisant son résumé ! Mais comme je l’ai dit plus haut, il faut savoir sortir de sa zone de confort ! Et je suis vraiment fière d’y être parvenue ! Parce que je serais passée à côté de quelque chose.

« Le choeur des femmes » est un livre brut, qui peut déranger, choquer. Il a le mérite de dénoncer les abus de certains médecins, le manque de communication et d’empathie de ces derniers avec leurs patientes.

J’ai eu énormément de mal avec le personnage principal en début. Comme vous l’avez constaté dans le résumé, Jean Atwood est une jeune femme pleine de hargne et qui (de prime abord) ne se prend pas pour n’importe qui. Mais heureusement, le médecin Franz Karma va lui remettre les pendules à l’heure !

Les histoires des patientes sont autenthiques (Martin Winckler étant lui-même médecin ) et totalement effarantes ! Comment un gynéco peut-il traiter une femme de la sorte, ça me dépasse ! Ce livre dénonce autant les mauvaises pratiques que le manque d’information (que ce soit côté soignant ou patient) Certains médecins n’ont aucun scrupules à  littéralement « charcuter » leurs patients ! 

Jean Atwood est l’exemple type de l’étudiante qui en a tellement bavé dans son cursus, qu’elle croit avoir tout vu, tout entendu. Elle a une vision mécanique du corps de la femme et ne s’intéresse pas à leur vie. C’est une jeune femme qui a en elle une colère venimeuse qui me l’a rendait presque cruelle. La raison sera expliquée au fur et à mesure. 

Sa collaboration avec le docteur lui fera, non sans mal, réviser son jugement. Parce qu’un patient n’est pas juste un corps, c’est une personne. Au fur et à mesure des consultations, des témoignages et des interventions, la jeune femme aprend à vraiment écouter, à sortir des ses à-priori et surtout, gagne en humilité. Parce que ce n’est pas parce qu’on a fait dix ans d’études, qu’on n’a plus rien à apprendre, bien au contraire ! C’est sur le terrain, au contact des gens que l’on fait vraiment son métier. 

Le seul point faible de ce livre est l’histoire familiale de Jean, que j’ai trouvée trop tarabiscotée. Et la fin est bien trop bizounours pour une jeune femme de sa trempe ! 

Mais c’est tout de même un livre enrichissant et intelligent, qui devrait être lu par beaucoup de médecins !