Défi Femme du monde: La perle et la coquille (Nadia Hashimi)

Aujourd’hui, place à un livre fort et féministe, dont les éloges ne sont pas usurpées ! J’ai toujours aimé les histoires fortes, et celle-ce ne déroge pas à la règle, loin de là !

Résumé:

Kaboul, 2007 : les Talibans font la loi dans les rues. Avec un père toxicomane et sans frère, Rahima et ses soeurs ne peuvent quitter la maison. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui permettra à la jeune Rahima de se travestir jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se marier. Elle jouit alors d’une liberté qui va la transformer à jamais, comme le fit, un siècle plus tôt, son ancêtre Shekiba. Les destinées de ces deux femmes se font écho, et permettent une exploration captivante de la condition féminine en Afghanistan.

Mon avis:

Quel roman ! Ça me chamboule de voir à quel point, quel que soit le pays ou l’époque, les femmes doivent continuellement se battre pour (sur)vivre ! 

Dans ce livre, nous suivons le parcours de deux femmes d’une même famille à 100 ans d’intervalle. L’une est Rahima, une jeune fille qui vit dans la peur d’être harcelée  par les garçons de rue. Elle et ses soeurs ne peuvent plus aller à l’école. Son père a des problèmes de « comportement » à cause de médicaments. Et semble déprimer de ne pas avoir eu de fils… Aussi, avec la complicité de sa tante et ses soeur, elle décide de se travestir en garçon, le temps qu’elle soit en âge de se marier. Une expérience qui va la changer radicalement ! Cette coutume Afghane est aussi au coeur du film Parvana, que j’ai de plus en plus envie de découvrir !

J‘ai beaucoup aimé cette famille ! Les codes entre femmes et la complicité/jalousie qui en découle. Leur relation est subtile et pas évidente ! Chaque soeur a sa particularité, et son charme. La tante est de loin la plus maternelle, tandis que la mère vit dans  une angoisse quasi permanente. 

En parallèle, nous faisons la connaissance de Shekiba, défigurée par une brûlure qui a détruit ses nerfs sur la moitié de son visage. Pour elle, le voile est une bénédiction. Mais sa famille meurt. Ce qui m’a choquée, c’est qu’au lieu de compatir à sa douleur, son entourage la raille, l’insulte. Pour eux, elle est la « maudite », le « fantôme aux deux visages », « celle qui aurait dû mourir »… Elle, qui a du enterrer son père et ses frères ! Et comme Rahima, elle prendra un temps l’apparence d’un garçon, ce qui lui permet d’effectuer les travaux les plus durs, en plus du ménage ! La force de cette femme m’a juste impressionnée !

Toutes les deux sont fières et fortes, déterminées à prendre leur destin en main.

Au fil de ces deux histoires, à la fois semblables et différentes, se tisse une réflexion triste et forte. Et surtout, une question m’a taraudée toute ma lecture : Pourquoi, une femme devrait gommer sa féminité pour être « l’égale de l’homme »?

Et les hommes tiens, parlons-en ! Il vivent dans une espèce de « course » à qui fera le plus de fils possible pour perpétuer le nom familial. S’il n’y a pas de garçon, c’est un drame, un déshonneur ! Il faut des hommes, quitte à avoir plusieurs femmes pour y arriver ! C’est une pression considérable ! 

Par ce fait, eux aussi, dans une certaine mesure, sont des victimes… En revanche, faire du mal à une femme, même par frustration, est intolérable ! Et le pire, c’est que cette violence ne passe pas forcément par des coups…

Cette partie de roman m’a particulièrement remuée, car c’est une chose qui me dépasse tellement ! Et en même temps, j’essaie de comprendre, de ne pas (trop) juger. Mais c’est d’autant plus difficile que ce n’est pas ma culture. 

Enfin, il y a la guerre, qui prend une place conséquente ! Entre les rivalités entre « clans » et les Américains qui débarquent comme un cheveu sur la soupe, l’ambiance est carrément électrique ! Je m’interroge parfois sur ce fait: Et si moi, j’avais connu la guerre, comment aurais-je réagi ? En guerrière ou en mouton ? 

Je suis heureuse d’avoir lu ce livre aujourd’hui, et non plus jeune, car je n’aurais pas saisi toutes les subtilités et les enjeux de cette histoire aussi poignante que pleine d’espoir.

Un livre fort, brut, qui m’a fait beaucoup réfléchir !